Au delà des
statistiques, il faut l'avoir vécu pour le comprendre.
Il faut connaitre l'isolement et la honte que l'on ressent.
Et puis les hommes violents ne sont pas violents tout le
temps, le mien était (en dehors des crises) charmant,
plein d'attention, nous avions une vie passionante et beaucoup
enviaient ma chance d'avoir un tel mari (beau, charmant,
intelligent et plein d'attentions!!).
Alors on se dit que la gifle c'est de notre faute, on fera
attention la prochaine fois, on se retrouve à l'hopital
pour des points de suture on dit qu'on a glissé sur
le tapis , il semble si désolé, il ne recommencera
plus, mais il ajoute que "aussi on le pousse à bout
c'est pas entièrement sa faute", et puis il a tellement
besoin de nous, on se dit qu'on va l'aider, qu'on va le sauver
et que tout va changer parce qu'on l'aime. J'étais si
jeune ( 20 ans et ça a duré jusqu'à mes
30 ans)
On se dit qu'on est pas de ces femmes que l'on bat, c'est un
accident c'est pas nous on est différents, l'amour sera
le plus fort.
Et puis c'est de plus en plus visible, mais on espère
toujours que ça va s'arranger et parfois pendant 6 mois
tout va bien et puis tout recommence, on a des plaies, des
bosses, on boite, à l'hopital on essaie de nous conseiller
parce que là bas on a compris, mais on ne part toujours
pas.
Et puis arrive la peur quand il rentre le soir, les enfants
que l'on couche très tôt pour ne pas qu'il s'ennerve,
mais ça ne suffit pas, on vit la peur au ventre quand
il est là.
Et pourtant c'est lui qui m'a quitté pour une autre
(une de plus, car il me trompait souvent) j'ai eu mal au début
mais j'ai retrouvé le calme et la sérénité.
Aujourd'hui je le revois parfois pour les enfants, je n'ai
pas de haine, les enfants savent (ils avaient 5 ans et 15 mois
quand il est parti, ils ne se rapellent pas la violence) je
leur est expliqué, ils lui ont demandé, aujourd'hui
il dit encore qu'il est désolé !!! il n'a jamais
refait sa vie longtemps car avec les autres c'était
pareil, il vit seul et je le plains.
Tu dis que je ne dois pas avoir honte parce que je suis une
victime, mais c'est justement ça j'ai honte PARCE QUE
je suis une victime.
Je n'en parle pas parce que le regard des autres est terrible,
on s'appitoie, on te plaint et tu te sens infériorisée,
moi j'ai honte d'avoir accepté ça.
Mais je continu à faire confiance, aux autres, à la
vie et aux hommes , parce que pour moi ça reste une
erreure un accident.
J'ai vécu ensuite avec un homme pendant 14 ans il m'a
quitté aussi.
Aujourd'hui je suis avec mon compagnon actuel qui me traite
avec respect, ne me force à rien et j'espère
que ça durera longtemps.
Je te conseille la lecture du très beau témoignage
de Lio dans le Top Famille du mois d'avril, elle explique tres
bien ce qu'est la violence conjugale et comment elle s'installe à notre
insu , elle l'a vécu aussi.
Il faut l'avoir vécu pour le comprendre vraiment et
l'expliquer.
Comprendre simplement
sans juger.
Signé :
Une ex-femme battue
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